13.09.2007

Vous avez dit "pensée unique"?

Parmi tous les mythes dont se gobergent les pensionnaires de la Madhouse, il en est un qui revêt un caractère tout à fait particulier: celui du pluralisme. Les Français sont en effet convaincus d'être une nation d'esprits libres et d'opinions hétérodoxes, et c'est en dressant le spectre de l'uniformité que l'on parvient à convaincre les masses que les deniers publics doivent servir à renflouer des organes de presse condamnés par le marché aussi bien que par l'histoire.  Toutes les opinions, tous les courants de pensée, doivent être représentés, même si eux-mêmes ne représentent pas grand-monde.

Tout cela est bel et bon mais, comme tous les mythes nationaux, complètement bidon. La France est sans doute la plus massifiée idéologiquement et intellectuellement de toutes les sociétés dites ouvertes, au point qu'on se demande si elle mérite encore ce qualificatif poppérien. Il suffit d'ouvrir n'importe quel journal, de se brancher sur n'importe quelle station de radio ou chaîne de télévision pour constater l'existence d'une vulgate, d'une pensée unique sur laquelle droite et gauche ne font qu'exécuter de timides variations. On y trouve une quantité de vaches sacrées et de tabous proprement stupéfiante, de la laïcité au service public en passant par l'égalité des chances, le réchauffement climatique ou le droit au logement. Autant de sujets qui ne souffrent aucune contestation, pour la bonne raison qu'il n'y en a pas, ou si peu et si soigneusement ignorée. Et voilà comment on se retrouve avec ces experts professionnels, ces invités permanents qui font semblant de débattre sur des questions dont la "bonne" réponse est connue d'avance.

Cette doxa comme toutes les autres repose sur un lavage de cerveau permanent, d'autant plus efficace que ni ceux qui l'administrent ni ceux qui en sont victimes ne le conçoivent comme tel. Tout le monde trouve tout à fait normal que l'on enseigne les "valeurs citoyennes" dès les bancs du cours préparatoire, que les journalistes proposent "leur" vision de l'actualité, que les fictions du mercredi soir fassent du "social", que la frontière entre documentaire et propagande se fasse de plus en plus floue, et que l'Etat dise l'histoire par le biais de lois mémorielles. Bref, tout le monde trouve normal que la liberté de penser soit en fait le plus souvent une liberté de bien penser, et le citoyen un mineur à vie auquel il faut constamment montrer le droit chemin de peur qu'il ne se perde.

C'est pourquoi l'Etat comme une bonne partie de la société redoutent ce phénomène incontrôlable qu'est l'Internet qui permet à toutes les opinions d'exister et de trouver une audience; qui permet aussi de chercher l'information ailleurs qu'aux sources habituelles. Avez-vous remarqué comment une même nouvelle trouve un sens, et une dimension, tout à fait différents selon qu'elle est retransmise par l'AFP ou par Reuters, par Le Monde ou par le Times? Avez-vous remarqué, aussi, comme certaines informations qui font les gorges chaudes des médias étrangers sont peu ou pas relayées par les nôtres, ou alors avec beaucoup de retard (pensez à Pétrôle contre Nourriture...) Il y a de bonnes raisons de se méfier ou de craindre Internet, mais il en est aussi pour l'aimer, et en voici une.

Au commencement...

Me voici donc de retour dans la blogosphère libérale francophone, après x mois de silence procrastinatique, et pour bien marquer qu'il s'agit d'un nouveau départ, je lance un nouveau blog avec un nouveau titre. Mais rassurez-vous (ou non, selon le point de vue) les idées, elles, sont toujours les mêmes.

Pourquoi Welcome to the Madhouse? Eh bien parce que ce pays me fait de plus en plus l'effet d'un gigantesque asile psychiatrique, géré par les malades eux-mêmes, et où pratiquement toutes les névroses sont représentées, le pire étant que les pensionnaires se croient parfaitement sains d'esprit et s'imaginent que c'est le reste du monde qui a les boyaux de la tête qui se touchent. Je m'inclus du reste parmi ces allumés, parce que tout de même il faut être un brin zinzin pour être libéral en France, et perdre son temps à le faire savoir via un blog alors qu'il y a tant de choses plus intéressantes et importantes à faire, comme essayer de vider l'eau de la mer par exemple, ou repeindre le Mont Blanc. Mais bon, on ne se refait pas, hein.

Bienvenue donc à la Maison de Fous. Camisole de rigueur, bien entendu.